DélégationPérigord Agenais

La politique du cœur

La rentrée scolaire est passée et les premiers froids matinaux annoncent l’hiver. Les questions sociales vont de nouveau envahir nos journaux, radios et télévisons, et nous mettre devant cette question : que faites-vous avec vos frères ?

marianne a un coeur

Depuis dix ans mon engagement politique fait partie de ma vie sociale. Il est au cœur de mon action, comme un devoir, un service, un regard à tout homme, qu’il soit de couleur, de race ou de nationalité différente de la mienne. En un mot, au cœur de ma vie de femme vivant avec mes frères.

Mon engagement fortuit s’est construit peu à peu tout au long de ces années à travers une rencontre, un échange, une demande de service dans les plus petits actes de la vie quotidienne. Certes, s’engager en politique n’est pas chose facile, parce qu’il y a le regard des autres qui jugent si votre action correspond ou non à leurs attentes et qui vous comblent de louanges lorsqu’ils désirent une faveur. Mais au fond de soi, on est très seul face à un travail difficile et rempli de pièges.

Et lorsque vous êtes chrétienne, les choses prennent une autre ampleur. Dans le monde politique, il n’existe pas de foi, ni de religion, ni de chapelle autres que l’État, le pouvoir et l’image.

L’État est là pour diriger votre action, il va vous autoriser ou non à vous investir dans des actions qu’il estime salutaires pour tous, avec des à priori qui échappent aux plus petits des mortels. Un État qui parfois est bien loin du terrain.

Le pouvoir est le fil sur lequel on se promène comme un funambule. Le pouvoir est à la base de toute action politique, il peut vous donner l’illusion d’avoir accès à tout sans limite. Bien utilisé, il peut être la source de la générosité, de la solidarité, de l’accueil du plus pauvre, il peut donner vie à ce qui était mort et faire mourir ce qui est mauvais pour l’homme. Il ouvre des portes qui sont fermées, il place les êtres dans leur véritable dimension, des humains dans un monde qui se déshumanise.

Mais il peut aussi avoir une dérive qui est de l’utiliser pour ses propres besoins, sans que le service aux plus pauvres, aux plus nécessiteux soit au cœur de l’action.

Enfin l’image est celle qui nous colle à la peau, celle que d’autres nous donnent, celle que nous nous formons, comme une deuxième peau qu’on aura du mal à quitter tellement elle devient nous-mêmes.

L’acte principal de ma vie humaine et politique a toujours été le social. Ce qui m’intéresse par-dessus tout c’est la personne dans ce qu’elle est, dans ce qu’elle peut être, dans ce qu’elle peut devenir. L’homme, la femme qui au cœur de sa vie a besoin des choses les plus essentielles pour vivre, pour être simplement un humain. Mais lorsque le manque devient important et insupportable, l’humain se transforme, il se déshumanise, il perd son aura et ses yeux ne voient plus que la misère quotidienne. J’ai rencontré ces yeux-là. Des yeux qui disent le mal du monde, le mal de la vie, la tristesse de vivre.

Les gouvernements, malgré les multiples plans d’actions, se succèdent sans qu’un seul puisse bannir ce fléau qu’est la pauvreté, sans qu’un seul puisse ouvrir les hommes et les femmes à une vie humaine acceptable, vivre dans des logements décents, avoir de quoi se nourrir, pouvoir partir comme d’autres chaque matin au travail. Malheureusement, la crise économique est venue nourrir cette pauvreté, transformant la vie des gens en « crise humaine » dans laquelle une fois rentré, il est difficile de sortir. Alors pour trouver des solutions, les gouvernements font porter le poids de cette charge sociale aux contribuables, qui souffrent parce qu’ils portent le poids financier de cette souffrance. Je les ai rencontrés et j’ai eu peur de leur réaction, de leur discours, de leur prise de position. Ils ne veulent plus entendre parler du social, ni de solidarité, pas plus que de l’aide aux autres, à ceux qui se disent nécessiteux et qui « en abusent »… Quel écart entre le besoin et le profit ! Comment arriver à déceler ce que chacun est en droit d’avoir ? J’ai fait aussi cette expérience, et très souvent je me suis fait avoir faute d’informations suffisantes et pourtant, je reste convaincue que s’il y a profit c’est uniquement parce qu’il y avait besoin.

Quelqu’un m’a dit un jour que l’illusion est ce qui permet aux enfants de pouvoir grandir parce qu’ils projettent cette illusion dans un avenir. Par contre l’adulte a besoin d’actions pour vivre, car c’est là qu’il puise la force d’avancer sans le rêve de réussir.

Au cœur des dernières élections cantonales où j’étais candidate, j’ai mis la solidarité dans tous ses états. La solidarité, la vraie, celle qui regarde l’homme dans la complexité de sa vie, dans la totalité de son existence. Ces élections furent pour moi un échec électoral, mais mon action fut fidèle à ce que je crois, à ce que je fais, à ce que je suis et je suis allée au bout de mon engagement. Je ne regrette rien, seulement d’avoir perdu un peu l’espérance, mais mon action est restée sans faille. Ce que j’ai rencontré sur mon chemin s’est confirmé : la désespérance est au cœur de notre société qui demande à s’en sortir.

Il ne nous reste que la « politique du cœur », celle qui engage et qui n’abandonne pas, celle qui aime sans compter, celle qui se donne les moyens de rejoindre l’autre dans ce qui est le plus essentiel de la vie. Celle-là ne déçoit jamais parce qu’elle se place dans l’action, avec comme objectif d’ouvrir des nouvelles voies de vie à travers une action qui humanise notre monde.

Marie-Christine San Juan
Édito Caritas Périgord, bulletin des bénévoles, n° 99, octobre 2011

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