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Équipe d’Aiguillon

Témoignages de Hassan et Emmanuelle, d’Aiguillon

« Parcours de migrants… chemin d’adaptation »

Témoignages de Hassan et Emmanuelle, d'Aiguillon

Octobre 2016, dans le cadre du démantèlement de ce que l’on appelle la « jungle de Calais », quatorze jeunes migrants célibataires venant du Soudan arrivent en car à Aiguillon. Pris en charge par Solincité (Solidarité insertion citoyenneté territoire), structure agréée comme centre d’accueil et d’orientation, ils sont hébergés sur deux lieux : gîtes du camping municipal et appartement en ville. Des éducateurs et une jeune interprète en service civique les accompagneront, sans toutefois être sur place, ainsi qu’un conseiller municipal de la commune d’à côté, d’origine soudanaise, d’une régulière présence bénévole.

La mairie, peu de temps avant, avait réuni toutes les associations de la ville pour mettre en évidence disponibilités et compétences de chacune (Croix-Rouge, Emmaüs, Restos du cœur, Apréva, Instep formation, Atout dire, cinéma, CCAS, Secours Catholique…) et des personnes de tous horizons, prêtes à les inviter pour un repas, une promenade, une visite.

Hassan fait partie de ces quatorze migrants. Il raconte :

« En mars 2014, quatre personnes en uniforme militaire ont attaqué ma maison, tuant mes deux frères et ma sœur, au motif que nous étions des esclaves noirs et pas vraiment des Soudanais, que nous avions des idées et actions politiques rebelles… J’ai été emprisonné trois mois et torturé tous les jours, manquant d’eau et de nourriture… J’ai pu sortir sous certaines conditions, comme de dénoncer mes amis qui seraient dans l’opposition mais je n’en n’avais pas… J’ai fini par fuir le Soudan à la fin de l’année 2015, en voiture et à pied, ai passé quatre mois en Libye, suis arrivé en Italie en mai 2016, j’ai parcouru à pied Vintimille-Nice puis circulé en train jusqu’à la porte de la Chapelle à Paris avant d’atterrir à Calais. »

Il a fallu deux recours à la Cour nationale du droit d’asile pour qu’au bout d’environ dix-huit mois après son arrivée en Europe, Hassan obtienne son statut de réfugié. Il a bénéficié à Aiguillon d’une municipalité efficace et accueillante, d’un environnement porteur, de structures compétentes, de bénévoles généreux et fidèles. Hassan a pu s’inscrire au club de foot Confluent 47 (entraîneur Abdel), participer à l’aménagement des espaces autour du camping et au jardin potager collectif (responsable communal des espaces verts), aller à la médiathèque, aux animations du cinéma, participer aux ateliers cuisine du Secours Catholique, préparer avec ses collègues un repas lors de la journée de la pastorale des migrants et même, tout musulman qu’il est, venir à la messe ce jour-là avec huit collègues (irakiens, soudanais). Enfin, ayant eu l’autorisation de travailler, il fait la saison de cueillette de fraises chez un jeune marocain agriculteur, comme lui d’origine étrangère, qui cherche à s’intégrer. Vite adapté au travail délicat, accueilli dans une équipe de douze personnes, de quatre nationalités différentes, Hassan vient de toucher sa première paye, tout heureux.

Que conclure ? Même si l’État octroie à ces jeunes demandeurs d’asile une allocation mensuelle et qu’ils bénéficient du minimum vital le temps de l’examen du dossier, ils sont en état d’insécurité et d’attente angoissant. Il en faut des hommes et des femmes de bonne volonté pour aider à l’adaptation d’un Africain meurtri et exilé, mais il faut aussi une forte volonté de son côté pour en tirer parti et relever la tête. Chacun a fait sa part simplement et fidèlement : une convergence de fraternité et d’humanité dans un contexte de loi asile-immigration qui cherche à exclure plutôt qu’à intégrer. Le parcours n’est pas fini, il doit suivre un contrat d’intégration républicaine (CIR) et il rentre maintenant comme toute personne en situation régulière dans un processus de « droit commun », en recherche de logement et de formation. Il envisage un apprentissage d’électricien.

Hassan est toujours prêt à aider les autres puisqu’il fait partie des premiers arrivés et qu’il parle et comprend le français courant (grâce aux cours hebdomadaires au gîte) et qu’il est le référent du groupe. Voici ce qu’il souhaite :
« Du courage à mes amis, beaucoup de patience, de la chance, grâce à l’aide confiante des bénévoles qui m’ont entouré, sans oublier mes compagnons de route, j’ai pu créer des liens, faire des démarches tout seul et je pars vers une nouvelle vie ».

Témoignages de Hassan et Emmanuelle, d’Aiguillon

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