DélégationPérigord Agenais

Un groupe de parole à Marmande

Autour de la table de convivialité !

Un groupe de parole à Marmande

Comme à son habitude, ce jeudi matin à Marmande, Paul anime un groupe de parole autour de la table de convivialité proposée par le Secours Catholique. Après une séance relative à l’enfance, les participants devaient apporter ce jour-là un objet rappelant leur adolescence pour évoquer au sein du groupe les souvenirs liés à cet objet ! Initiative osée !

La prise de parole n’est pas toujours facile devant un auditoire, redoutée par certains, prisée par d’autres ! Des photos, une bougie, un cadre, des médailles, pêle-mêle sur la table…

« Petite, j’ai été placée dans un foyer. Pas d’enfance normale, pas de choix : une valise et le départ ! » Michèle n’en veut pas à la société de l’avoir « sortie » de chez ses parents ! « Le directeur du foyer m’a dit : ce n’est pas une prison, il n’y a pas de barreaux aux fenêtres ! Par moment, j’ai “coulé” !… Mais j’ai aussi de bons souvenirs de camps de vacances à l’âge de l’adolescence ! J’étais championne de kayak ! C’étaient des moments festifs, j’ai trop aimé chanter autour d’un feu, avec une guitare, dormir à la belle étoile. Merci à tous ceux qui m’ont aidée, mais pas merci à mes parents et pourtant… ils restent mes parents !
La famille, pour moi ça veut dire difficultés. Je n’arrive pas à dire en face… maman tu ne m’as pas protégée… papa, pourquoi ?… Aujourd’hui, j’ai une famille, j’ai des enfants, mais la vie ne m’a pas souri !
Mon journal intime me sert d’exutoire. J’ai besoin de parler de tout ce qui m’est arrivé ! Il y a dix ans, je n’aurais pas pu m’exprimer, merci de m’écouter ! »

Christophe observait…

Bien qu’elle soit allée écouter la fanfare de son père, tout en rêvant de musique dans une chambre où un poster de Herbert von Karajan décorait un mur, Paule, la petite dernière d’une famille normale, s’ennuyait ! Pour lui éviter de se morfondre, ses parents l’inscrivirent à un camp de vacances en Espagne. Supers souvenirs… surtout à l’adolescence, période où naissent les premières amourettes, où l’on se pose plein de questions !
Christophe écoute, attentif à ce qui se dit…

À son tour, Anna Maria se souvient. « Une famille nombreuse, six enfants, c’était pas facile. Nous habitions une maison. Il y avait des poules, des lapins, des cochons ! C’était bien, j’adorais ! Mais je n’avais pas le droit de sortir avec des copains ou des copines ! Mon père, un grand gaillard autoritaire, un jour m’a donné une gifle ! La raison ? Mon refus de faire la vaisselle ! C’était comme ça ! Très présent dans mon esprit, comme si j’en gardais encore les “stigmates” !
Ce jeu de cartes était souvent utilisé avec mes parents ! J’ai aussi une photo de ma communion mais ce jour-là, j’ai pleuré ! On m’a envoyée dans ma chambre pour ne pas assister à un jeu ! Punition ou censure des adultes ? C’était pourtant un jour de fête, c’était ma fête ! »

Christophe s’adresse à Paul, en aparté, pendant qu’Arlette, attentive et discrète, intervient dans le débat. « Pour moi, il y a eu du bon et du mauvais ! L’adolescence c’était beaucoup de complexes, des souvenirs de la mort de mon père, disparu lorsque j’avais 7 ans, une mère obligée de travailler, deux frères avec lesquels je n’avais pas de relations fraternelles (pas plus aujourd’hui d’ailleurs), la guerre, les bombardements, des oncles, des tantes chez qui j’allais, Nogent-sur-Seine… Voilà mes souvenirs, livrés en vrac ! Entendre un récit sur la guerre me ramène à mes parents ! »

Christophe… « Je n’ai rien à dire, pour moi, c’était la catastrophe ! En écoutant ces récits, chez Simone, des souvenirs oubliés ressurgissent ! Enfant de la DASS… mes parents étaient alcooliques, je n’ai jamais renoué le contact ! Une enfance et une adolescence plus ou moins agréables, chez la même personne jusqu’à 18 ans ! Aujourd’hui, un suivi psychologique accompagne mon chemin ! Je ne suis pas prêt à parler, un jour, peut-être… » Christophe quitte la table.

L’adolescence, une période où l’on s’interroge sur la vie, l’amour, la mort… Certains restent des adolescents, d’autres ont grandi mais sont nostalgiques de cette période, pleine de fraîcheur pour les uns, de cauchemars pour les autres ! Mais pour tous, ce matin-là une écoute, du respect et le partage d’un parcours de vie, d’un vécu au sein d’un groupe, d’une « famille » où il peut y avoir de l’amour mais aussi de la haine, de la jalousie ou de l’indifférence.

À chacun d’apprendre à réguler ses relations familiales ou autres, en trouvant la bonne distance : pas trop près mais pas trop loin non plus !

Merci aux participants, merci Paul !

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